bootstrap themes

Demain… tous codeurs ?

Auteur : Philippe Contal

Illustration : Bas-reliefs représentant des outils médicaux, Temple de Kom Ombo, Égypte

Depuis l’aube de l’humanité, la maîtrise du langage est un enjeu stratégique. Elle différencie ceux qui peuvent apprendre et communiquer de ceux qui en sont réduits à suivre des instructions orales. Dans l’Ancienne Egypte, les temples regorgeaient d’illustrations et de textes qui permettaient de soigner¹ ou d’accéder à la Vie éternelle². Mais non seulement l’accès était réservé aux gardiens des temples (ou au seul usage du pharaon pour qu’il accède à l’éternité), mais le déchiffrage était également réservé à la caste religieuse.


Cette fracture du langage existe depuis la nuit des temps. La symbolique de la Tour de Babel apporte également un éclairage intéressant. Ici, c’est Dieu lui-même qui interdit aux hommes de s’entendre en brouillant leurs langues. A vrai dire, il n’est pas surprenant qu’une grammaire et un dictionnaire communs figurent parmi les clés qui permettent à la communication d’exister.


L’utilisation du latin pour les messes et chants chrétiens au Moyen-Âge - mais pas seulement - reflète également une volonté de créer et entretenir une distinction entre ceux qui peuvent comprendre et ceux qui ne font que suivre un rituel. Certains justifient cette décision par la nécessité de disposer d’une langue sacrée. Le symbolisme ésotérique ou les démonstrations mathématiques créent également une fracture par rapport à l’accès à la connaissance et à sa compréhension.


Mais en début du XXIᵉ siècle, le paysage est toutefois différent. En effet, les connaissances nous sont devenues accessibles. Les bibliothèques, les musées et maintenant les universités en ligne ouvrent la possibilité d’apprendre à une grande majorité de la population. On peut d’ailleurs d’étonner que le niveau culturel moyen reste finalement assez faible… mais c’est une autre question.


Il existe même des applications qui permettent de traduire de manière orale et en temps réel³. Vous parlez… et le logiciel traduit immédiatement de manière vocale également !


Mais en même temps, de nouvelles formes de fractures ont vu le jour. Il en est une qui prend une proportion alarmante : celle du code. En effet, je reste très surpris de constater que même des porteurs de projets dont le cœur de métier est lié au digital n’ont aucune connaissance de la manière dont fonctionne l’Internet ni de la manière dont on construit une page web. La déferlante technologique de ces 60 dernières années a donné naissance à une nouvelle catégorie de handicap. Il s’agit de l’usage et de la dépendance technologiques. Certains métiers ont même évolué au point de rendre les techniciens entièrement soumis à une couche technologique. Pour n’en citer qu’un, prenons l’exemple des garagistes, qui ne savent plus réparer une voiture sans l’assistance de la « valise ».


Dans les métiers du digital, il y a une vague de nouveaux arrivants qui confondent outil et savoir-faire. Un exemple ? Ce n’est pas parce que vous savez poster sur Facebook que vous pouvez prétendre être un community manager. Mais allez dire cela à celles et ceux qui plongent tête baissée dans le fantasme du travail nomade où les outils permettent de résoudre toutes les solutions… Vous avez un problème ? Il y a une application qui peut le résoudre. Cela - ou son corollaire - ne vous rappelle rien ?⁴


Les outils que nous utilisons quotidiennement réagissent selon des logiques programmées. Même ce que nous appelons intelligence artificielle ne fait que reproduire des algorithmes plus ou moins complexes. Or confier nos vies à des systèmes technologiques, quels qu’ils soient, revient à confier les clés de nos maisons à des inconnus en nous offusquant qu’ils puissent en faire usage. Dans le royaume du big data, nous alimentons des gigantesques bases de données qui permettent de nous classer dans des profils de consommation et de comportement. Le prédictif risque même d’induire des comportements plutôt que les anticiper.


Le prédictif risque même d’induire des comportements plutôt que les anticiper.

Or tout ce système repose sur des lignes de code. La nouvelle fracture linguistique provient de la technologie elle-même. Il y a les utilisateurs et les codeurs. Bien entendu, nous n’avons pas tous à devenir des experts du codage informatique. Mais en comprendre la logique et avoir réalisé quelques programmes permet de ne pas tomber dans certains pièges. Comme l’exprime Claude Terosier⁵, l’usage du code informatique permet d’apprendre à apprendre. 

« L’usage du code informatique permet d’apprendre à apprendre », Claude Terosier

Comprendre les rudiments du codage informatique permet de ne pas tomber, par ignorance, dans une nouvelle forme de mythologie. Actuellement, il en est une qui est particulièrement tenace, c’est celle de l’intelligence artificielle et des chatbots⁶. Toutes deux sont des technologies particulièrement intéressantes mais ne doivent pas devenir les nouveaux dieux d’un panthéon digital.


La promesse de la fin des années 1990 était que tout le monde dispose d’une page web. Ce sont les grands acteurs de l’économie numérique - surtout Facebook - qui ont apporté une réponse en fournissant des outils qui aliènent notre capacité créative. N’existons-nous qu’au travers de nos interactions dans les réseaux sociaux ? A l’approche de 2020, une promesse - ou un fantasme ? - est que tout le monde dispose d’un ou plusieurs robots plus ou moins intelligents. Devons-nous nous attendre à une solution monopolistique comme WeChat semble réussir à le faire en Chine⁷ ?

La technologie nous ouvre de nombreuses possibilités. Elle nous facilite la vie pour de nombreuses tâches quotidiennes et nous offre de nouveaux usages qui recomposent la structure même de notre espace-temps. En revanche, il est de notre responsabilité individuelle et collective de ne pas déléguer nos vies à des machines. Car elles ont été pensées et réalisées par des êtres humains, avec des intentions et des buts précis. Et le plus généralement, on peut dire qu’ils se résument à quelque chose de très simple : gagner de l’argent.


Apprendre à coder dans des langages simples permet de prendre du recul vis-à-vis de nos outils quotidiens. Cela permet également d’entrer dans un cercle vertueux de l’apprentissage permanent.


J’organise des sessions, généralement individuelles, pour des dirigeants d’entreprises et comités de direction désireux de passer ce cap. Lorsque l’on arrive à dépasser la barrière de l’appréhension et le refuge de la délégation tout azimut, les résultats sont impressionnants !

Vous avez un projet de startup pour lancer une nouvelle application ? Et si vous commenciez par faire une version de test pour vous familiariser avec la réalité de votre idée ? Vous dirigez un service, une entreprise ou un organisation importante et vous avez délégué la stratégie digitale à vos collaborateurs ou, pire encore, à des consultants ? Et vous preniez en main votre territoire digital⁸ pour piloter votre image et vos empreintes numériques ?


Il ne s’agit pas de tous devenir experts en codage informatique mais de connaître certaines bases afin de ne pas être réduit à écouter la sonorité chantante d’une messe en latin. Un autre argument pour vous convaincre ? Même Google a lancé une initiative, spécialement destinée aux femmes, Made W/ Code⁹…


Philippe Contal

Digital Entrepreneur ✔ #TerritoireDigital™



¹ Temple de Kom Ombo

² Textes des pyramides

³ Application « SayHi » disponible sur Apple Store et Google Play

⁴ L'apocalypse selon Apple cela serait… un monde sans application

« Le code informatique permet à l’enfant d’apprendre à apprendre », interview de Claude Terosier, fondatrice de Magic Makers, un atelier de code informatique pour enfants de 6 à 15 ans

⁶ Le chatbot ou agent conversationnel est une forme d’interface homme / machine qui permet de faire converser un être humain et un robot (programme informatique). #TerritoireDigital a créé son propre moteur de chatbot, baptisé PlugWit

« Avec WeChat, la Chine invente l'app à tout faire »

⁸ Le territoire digital représente l’ensemble des contenus dans lesquels vous ou votre entreprise apparaît : outils de recherche, sites web, blogs, réseaux sociaux…

Made With Code. La phrase d’accroche est particulièrement intéressante : « Things you love are Made with Code » (« Les choses que vous aimez sont réalisées avec du code »)

Abonnez-vous

Inscrivez-vous à notre newsletter (1 à 3 par mois)
Voir la dernière édition